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A Diyarbakir, en Turquie, les Kurdes gagnent pas à pas leur autonomie

La capitale des Kurdes de Turquie, deux millions d’habitants, fait face à un casse-tête périlleux, mais aussi porteur d’espoirs. Depuis le début du XXe siècle, les Kurdes vivent aux marges de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie et de la Turquie. Aujourd’hui, ce peuple sans état est au cœur du processus de recomposition du Moyen-Orient.

De notre envoyé spécial à Diyarbakır.- « La langue de Diyarbakır est celle des murailles. C’est une ville qui chuchote ses secrets à ses remparts », murmure le journaliste poète Seyhmus Diken quand on lui demande de parler de sa ville. Il faut donc gravir les remparts de pierre volcanique noire pour s’attaquer à la « question kurde ». Prendre de la hauteur pour observer le Tigre et les premières plaines de Mésopotamie dans cette région de l’est de la Turquie appelée aussi Kurdistan du Nord ou Bakur en kurde. Observer que le séisme géopolitique de ces dernières années a des répercussions locales, nationales et internationales. Que ce Kurdistan disloqué en quatre enclaves depuis la désagrégation de l’Empire ottoman sort de l’ombre de l’histoire. Qu’il faut appréhender Diyarbakır la méconnue avec la certitude que l’avenir du Moyen-Orient se joue en partie ici.

Pour le gouvernement turc, la « capitale » des Kurdes de Turquie est surtout celle de la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ; un mouvement toujours qualifié de terroriste par Ankara et l’Union européenne. Pour Murad Akincilar, il faut remonter aux prémices du XXe siècle pour appréhender sa réalité. « Cette ville représente tout ce qui a été mal construit depuis la fondation de la République turque ; la discrimination, un nationalisme fabriqué de toutes pièces, l’hostilité envers les autres pays du Moyen-Orient et toute une panoplie de crimes. »

Stambouliote, installé à Diyarbakır, coordinateur du centre de recherches en sciences sociales et politiques DISA (http://blogs.mediapart.fr/blog/alain-devalpo/260115/l-optimisme-de-la-volonte-du-mouvement-kurde-murad-akincilar), Murad Akincilar porte un regard décalé sur cette cité et ses remparts édifiés par les Romains. « Diyarbakır est le résultat de la volonté de créer une société homogène et uniforme qui ne correspond ni à la réalité dans les années 1920 ni à la réalité d’aujourd’hui. C’est une faillite politique et historique. »

De fait, les insurrections se succèdent pendant tout le XXe siècle jusqu’au milieu des années 1980, quand Abdullah Öcalan fonde le PKK dans les montagnes de la région. C’est le 29e soulèvement kurde, le plus violent. 40 000 morts selon les chiffres officiels de l’armée turque. Beaucoup plus en réalité. Pas une famille qui ne compte au moins un proche tué, emprisonné, en exil ou disparu. Dans ces hauteurs arides où la vie avait tout de même pris racine, des milliers de villages sont rasés. Leurs habitants sont chassés vers les villes. Diyarbakır devient un refuge. 250 000 habitants à la fin des années 1980, près de deux millions aujourd’hui. Le flux n’a pas cessé. La ville accueille aujourd’hui les réfugiés d’Irak et de Syrie qui fuient les exactions de l’État islamique (OEI).

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